1942


1942 | Les événements.

La zone sud de la France est occupée, Radio-Andorre poursuit ses émissions.

Le 11 novembre 1942, les troupes allemandes envahissent la France "non occupée". L'Andorre n'est évidemment pas concernée par cette invasion allemande et la principauté conserve sa neutralité. Radio-Andorre poursuit donc ses émissions sans y apporter le moindre changement et sans faire aucune allusion à cet événement. Cette poursuite des émissions après novembre 42 sera un des reproches qu'on fera à ses dirigeants à la Libération, assimilant la station aux autres organes de presse de l'ex zone "non occupée" ayant collaboré avec l'occupant. C'était oublier que Radio-Andorre n'était pas située en France.



Jacques Trémoulet devient administrateur de la SOFIRA qui crée Radio Monte-Carlo aux côtés des Allemands et des Italiens.

Le 7 novembre 1942 est créée la SOFIRA (Société Financière de Radio), chargée de contrôler pour le compte de l'État français (Vichy) des radios privées dont la future "Radio Monte-Carlo" qui verra le jour en 1943. Jacques Trémoulet, propriétaire de Radio-Andorre, de Radio Toulouse et d'autres postes privés de province est également Président de la Fédération Nationale des Postes Privés. A ce titre, il devient membre du Conseil d'Administration de la SOFIRA et représente cette société aux Conseil d'Administration de Radio Monte-Carlo. Les autres sociétés présentes à la tête de la station monégasque sont : Interradio (Deutsche Auslands Rundfunk Gesellschaft Interradio) dirigée par Léo Eigner et l'IEAR (société nationale italienne). Évidemment, ces fréquentations de Jacques Trémoulet lui seront reprochées également à la Libération. D'autant qu'on le voit sur différentes photos prises avec des officiels allemands. On prêtera à Léo Eigner l'intention de contrôler Radio Andorre pour le compte d'Interradio, l'organisme nazi chargé de contrôler les radios à l'extérieur du Reich. Jacques Trémoulet entretiendra avec lui des relations cordiales mais ne cédera jamais à ses propositions et saura toujours préserver l'indépendance de Radio-Andorre. En mettant à leur disposition le poste de Radio Monte-Carlo pour leur propagande sur la Méditerranée, il leur enlevait ainsi leur envie de le déposséder de Radio-Andorre qui n'avait plus d'utilité. D'ailleurs les lenteurs de l'administration et la direction tripartite de Radio Monte-Carlo feront qu'elle n'aura jamais le temps de devenir le grand poste de propagande souhaité par les nazis.



Chronologie - 1942

  • février 1942 :

L'ambassade allemande à Vichy prend contact avec Jacques Trémoulet pour pouvoir utiliser l'émetteur de Radio-Andorre la nuit en vue de diffuser le service télégraphique de l'agence d'information Radio Mondiale. Radio Mondiale est une agence contrôlée par les allemands mais dont le siège est à Lisbonne. Elle diffuse de l'information via les ondes courtes à de nombreux quotidiens européens. Jacques Trémoulet multiplie les arguments techniques et parvient à déjouer cette tentative.

  • 19 juin 1942 :

Cette fois c'est par le biais d'un courrier envoyé par le rédacteur en chef du service français de Radio Mondiale que la demande de location de l'antenne est reformulée. La réponse de Jacques Trémoulet, datée du 26 janvier 1942, sera la même.

  • octobre 1942 :

La société allemande Inter-Radio propose à Radio-Andorre 80 000 pesetas par mois pour pouvoir diffuser deux bulletins d'information quotidiens. Les négociations durent plus d'un an pour ne jamais aboutir.

  • 7 novembre 1942 :
Création de la SOFIRA qui gérera en 1943 Radio Monte-Carlo.
  • 11 novembre 1942 :
 Les allemands envahissent la zone non occupée.

Roc des Anelletes

Radio-Andorre installe son nouveau studio au Roc des Anelletes.


Si la date exacte du transfert du studio de la station au Roc des Anelletes à Andorre-la-Vieille est encore à élucider, il est établi que ce studio n'était pas opérationnel au lancement de la station en 1940 et qu'il le sera avant la fin de 1942. Le principal problème qui était posé par le studio dans le bâtiment émetteur à Encamp était son accès, surtout en hiver. A cette époque les routes andorranes sont encore très sommaires et la neige les recouvre six mois dans l'année. A part le chef de poste logé dans un appartement à l'émetteur, le reste du personnel non andorran et en particulier les speakers et speakerines étaient pour la plupart logés à Andorre-la-Vieille. Même Victoria Zorzano, encore hébergée chez ses parents devait faire le trajet chaque matin d'Andorre-la-Vieille à Encamp quelles que soient les conditions météo. Il en était de même pour les services administratifs qui commençaient à se développer et pour la direction de la station. Il fut donc décidé d'installer le studio et l'administration de la station à l'entrée d'Andorre-la-Vieille ce qui permettait à tout le monde de s'y rendre à pied. Le choix se porta sur un grand bâtiment de plusieurs étages qui fut primitivement construit pour être la régie des tabacs de la Principauté mais qui avait été transformé en hôtel depuis de nombreuses années : l'Hôtel de France.

Tout le rez-de-chaussée fut occupé par l'accueil de la station, la cabine technique et le grand studio. Au premier étage, on retrouvait différents locaux administratifs et de direction ainsi que la discothèque et un petit studio d'enregistrement de secours. Au deuxième étage, on conserva les chambres de l'hôtel, ce qui permettait de loger sur place les nouveaux speakers de la station et d'éviter des frais d'hôtel. Le grand studio était pourvu d'une belle cheminée, d'une magnifique terrasse qui dominait la ville et fut équipé d'un piano et du fameux gong transféré du studio d'Encamp. Le studio d'Encamp restait d'ailleurs toujours opérationnel en cas de rupture du câble entre le Roc des Anelletes et l'émetteur. Mais son matériel ne sera plus renouvelé, contrairement à celui du grand studio qui évoluera au gré des améliorations de la technique. Désormais ce grand studio sera immortalisé au travers de nombreuses photos publicitaires et cartes postales de la station, rivalisant ainsi avec l'architecture néo-romane de l'émetteur.

Article

Première campagne publicitaire de Radio-Andorre.

Depuis son inauguration, la station était restée très discrète, à la fois pour ne pas alimenter les polémiques consécutives à sa création mais aussi parce que la France était en guerre et que l'occupation allemande avait réduit au silence la plupart des journaux. En cette année 1942, les titres de presse avait fait leur réapparition dans toutes les villes de province ainsi qu'au niveau national, avec des équipes, sinon adeptes de la collaboration, au moins privées de leur liberté de parole.
Les radios privées de la zone sud, dont celles du groupe Trémoulet, avaient peu à peu repris leurs émissions, y compris les grandes émissions sponsorisées qui avaient fait leur popularité avant-guerre. Ces émissions étaient généralement de la variété où se succédaient chanteurs et chansonniers et réalisées en public. L'annonceur finançait non seulement l'émission mais aussi sa promotion dans la presse en y associant la radio. C'est ainsi que durant le mois de décembre 1942, un article de presse, au titre accrocheur : "Quelle est cette station de radio ?" paraît dans la quasi totalité des journaux de province et des quotidiens nationaux, de l'Écho de Nancy, le Réveil du Nord,  La Petite Gironde, La Dépêche du Berry, L'Ouest-Éclair à Paris-Soir.

Sa rédaction est strictement la même dans tous les journaux et le lecteur doit attendre la huitième ligne pour s'apercevoir que cet article est une publicité déguisée pour une émission de variété qui s'appelle " La Station du bon moral" sponsorisée par les "Pilules Pink". Cette émission organisée par la régie publicitaire du Groupe Trémoulet était diffusée sur sa station Radio-Toulouse mais aussi sur les stations associées de la Fédération Française des Postes Privés, comme Radio-Lyon, à des horaires différents. Il était naturel que le groupe décidât aussi de la diffuser sur les antennes de Radio-Andorre. Ainsi, sans tambour ni trompette, Radio-Andorre bénéficiait de sa première campagne de publicité nationale en France. Quant à cette émission, elle rassemblait les grandes vedettes de l'époque autour de chansons rétro des années 1900 mais aussi des derniers succès à la mode.


1942 | Les Programmes.

Le quart d'heure de l'auditeur devient le concert de l'auditeur

L'émission phare de la station, l'émission de dédicaces passe d'une durée de 15 minutes à une durée de 45 mn. Elle s'intitule désormais "le concert des auditeurs". Il n'a jamais été formellement prouvé que les dédicaces pouvaient traduire des messages destinés à être entendus par les forces combattantes, par la résistance ou par les nazis. Après la guerre, une espionne au service des allemands affirmera que ces ordres transitaient par des dédicaces d'auditeurs lues à l'antenne. En tout cas ils étaient assez neutres d'apparence et ne ressemblaient en rien aux énigmatiques messages diffusés chaque soir par la BBC.


Prédominance des disques.

A part une émission hebdomadaire retransmise en direct d'un grand hôtel d'Andorre-la-Vieille, l'hôtel de l'Isard, la totalité des émissions de Radio-Andorre font appel à sa discothèque qui va peu-à-peu s'étoffer pour devenir une des plus belle discothèque d'Europe. Même si les maisons de disque sont en nombre limité en ces années de guerre, elles comprendront très vite que la promotion de leurs artistes passe nécessairement par les antennes de Radio-Andorre, la seule station totalement musicale en Europe. Elles enverront non seulement leurs nouveautés à la station mais la rémunéreront également pour qu'elle passe leurs artistes vedettes. La grille de la station reste immuable en alternant des sessions de un quart d'heure de différents genres musicaux. Les rythmes espagnols et sud-américains seront très présents à l'antenne, mais la station diffuse aussi des session d'opérette, de bel canto ou de musique classique, du jazz, des musiques de film et beaucoup d'accordéon, la musique de la jeunesse de l'époque. Les grands artistes français et espagnols trouveront grâce à  Radio-Andorre la popularité internationale car la station est écouté le soir sur toute l'Europe et même au-delà puisque Victoria Zorzano reçoit même des lettres d'auditeurs des États-Unis où les ondes courtes arrivent parfois à traverser l'Océan.


samedi 1er août 1942 | Grille de programmes

◼︎ 19h00 : Musiques de films ◼︎ 19h15 : Avec Charles Trénet ◼︎ 19h30 : Musique de chambre  ◼︎ 20h00 : Le Concert de l'Auditeur ◼︎ 20h45 : Airs de Zarzuelas ◼︎ 21h00 : Tangos avec refrains ◼︎ 21h15 : Le Concert de l'Auditeur ◼︎ 22h00 : Bal musette ◼︎ 22h15 : Musique Bohémienne ◼︎ 22h30 : Chœurs divers ◼︎ 22h45 : Musique de danse




1942 | Équipe

Amitié franco-espagnole.


Chaque émission est présentée à deux voix : une voix espagnole et une voix française. L'isolement dans ce petit pays du bout du monde, épargné par la guerre, mais où les distractions restent rares, créera des liens d'amitiés très forts entre les différents speakers qui fréquenteront les studios. Même si à cette époque, chacun est dans son rôle et considère que le technicien est un manuel n'ayant pas la culture du speaker, les contacts vont être aussi cordiaux entre les opérateurs du son et les speakers. Il faut noter que les animateurs Dj's n'étaient pas encore inventés à cette époque et sans opérateur du son aux manettes des disques, le speaker était totalement incapable d'assurer son émission. La solidarité était donc indispensable. Plusieurs équipes de speakers vont se relayer au cours de la guerre. En 1942, les speakers sont au nombre de cinq : Deux speakerines espagnoles : Victoria Zorzano et sa sœur Blaza Zorzano. Deux speakerines françaises : Nicole Pannetier et sa mère et un speaker français : André Chaubet. Toute la famille Pannetier se trouve d'ailleurs en Andorre car le père de famille est également employé par Radio-Andorre. Le choix de voix exclusivement féminines est peu courant à cette époque. Selon une légende qui affirmait que les auditeurs n'aimaient entendre que des voix masculines, la plupart des émissions des autres radios étaient présentées par des hommes. Avant guerre, la majorité des postes d'État en région avait même licencié leurs speakerines, préférant n'embaucher que des speakers. En tout cas, vu l'abondant courrier que recevait Victoria Zorzano, les voix féminines de Radio Andorre étaient populaires.

Nicole Pannetier et Blaza Zorzano
Blaza Zorzano et Nicole Pannetier

Organigramme - 1942

  • Administrateur :

Stanislas Puiggros.

  • Propriétaire :

Jacques Trémoulet

  • Directeur :

Étienne Laffont

  • Speakers / animateurs
Victoria Zorzano
Blaza Zorzano
Nicole Pannetier
Madame Pannetier
André Chaubet

  • Maintenance émetteur :
Lucien Killmayer.

M. Laval
Josep Mas Palmitjavila

  • Techniciens, opérateurs du son :

Victoria Segalàs i Fité
Daniel Martinet




Biographies

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1942 | Informations techniques

Identification


Indicatif officiel :

"Aqui Radio-Andorra,  Ici Radio-Andorre".

Fréquences


Ondes moyennes :
415,50 m - 722 Kcs

Émetteur :
SFR
Puissance : 60 kw

Ondes courtes :
50,20 m - 5980 Kcs
48,38 m - 6200 Kcs

Adresses


Studio
Roc des Anelletes
Andorre-la-Vieille
Principauté d'Andorre

Émetteur :

Encamp
Principauté d'Andorre

Régie publicitaire


Pour la France :

Radio-informations

Radio-Informations
17bis Allées Lafayette
Toulouse


1942 | Documents



Articles de presse.




Plaquettes.


es
gb
1942 (approx)
La première plaquette publiée par Radio-Andorre est un impressionnant livre de 34 pages avec de nombreuses photos sépia et des commentaires en anglais et en espagnol.




1942 | Sources.

Sources bibliographiques
  • FRANK TÉNOT - Radios Privées Radios Pirates - Ed Denoël 1977
  • RENÉ DUVAL - Histoire de la Radio en France - Ed Alain Moreau 1980
  • CHRISTIAN BROCHAND - Histoire Générale de la Radio et de la Télévision en France Tome 2 1944-1974 - CHR La Documentation Française - 1994
  • EUGENIO GIRAL QUINTANA - La radiodifusión en Andorra. Política, economía y espacio comunicacional en un país dependiente - Université de Barcelone - 1988
  • JEAN-PIERRE CÉLÉRIER - La Radio à Toulouse (1925 - 1945) La puissance du Groupe Trémoulet. Université de Toulouse II Le Mirail 2002
  • NOGUERES (DE) LOUIS - La radio aux frontières et la Misssion de l'Etat, Cavannes, Paris 1953
  • BANNEL MICHEL - A propos de Radio-Andorre, Réponse à Louis Noguères - Paris février 1953

Archives de la presse

  • L'Illustré

Crédits photographiques

  1. Photo DR. Plaquette promotionnelle de Radio-Andorre

  2. Photo DR. Collection privée de Jean-Marc Printz.

  3. Photo DR. Collection privée de Jean-Marc Printz.

  4. Photo DE. Collection privée de Jean-Marc Printz.

  5. Photo DR. revue "L'Illustré" novembre 1942.


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