1941


1941 | Les événements.

Radio-Andorre devient une station populaire.

Entre le ton ennuyeux de la Radio de Vichy et la propagande nazie de Radio Paris, les Français ont besoin de détente en ces périodes troublées. La seule station qui leur permet de se changer les idées est bien Radio-Andorre. Pas d'info, pas de catastrophe, pas de mensonge, pas de niaiserie, que des disques actuels, de la musique pour la jeunesse. A cette époque la jeunesse écoute de la musette, de la variété française et du jazz. Il n'y a évidemment pas de mesure d'audience en 1941 mais du Nord au Sud de la France et dans le reste de l'Europe, où la station est audible, tout le monde connaît le célèbre "Aqui Radio-Andorra" de Victoria Zorzano. Radio-Andorre mesure sa popularité au nombre de cartes qu'elle reçoit de ses auditeurs. Elle publie ses chiffres pour prouver aux annonceurs que la station est écoutée et populaire. Dans le graphique ci-dessous, elle démontre que du 15 au 21 mars 1941 elle a reçu 7 000 cartes postales envoyées par les auditeurs. La provenance de la majorité de ces cartes est la France et l'Espagne, mais elle en reçoit aussi de Suisse, du Portugal et d'Afrique. La station, fière de sa neutralité met en avant le fait qu'elle a reçu aussi bien une carte d'un commandant de sous-marin italien qu'une carte de remerciement envoyée du front de Lybie par un sous-officier des Forces Françaises Libres. Les deux remerciant la station de leur avoir apporté une bouffée d'air au milieu des combats.


Statistiques 1941
Audience de Radio-Andorre en 1941
et répartition géographique des auditeurs

Chronologie - 1941

  • 18 mars 1941 :

Stanislas Puiggros signe un renouvellement du contrat de concession exclusive de la publicité de Radio Andorre avec Radio-Informations, la régie de Jacques Trémoulet.

  • 8 juillet 1941 :

Tentative d'intervention de l'Etat de Vichy sur les programmes de Radio Andorre : Le Général Darlan écrit au Préfet des Pyrénées Orientales : "Vous avez décidé, au cours de votre voyage dans les Vallées d'Andorre, d'accord avec M. le Délégué du co-prince évêque, d'autoriser Radio Andorre à publier un journal radio, insérant exclusivement des nouvelles diffusées par l'Office français d'information et par l'agence officielle espagnole d'information. J'ai l'honneur de vous faire connaître que le département des affaires étrangères n'a pas d'objection à l'encontre de votre décision."
Mais Jacques Trémoulet, qui n'avait jamais fait de demande en ce sens, continuera à ne pas diffuser d'information à l'antenne malgré les pressions du préfet.

Étienne Laffont est nommé Directeur de Radio Andorre.

  • juillet 1941 :

Jacques Trémoulet est approché par Kurt Mair, spécialiste des affaires de radiodiffusion pour le Reich afin de prendre une participation de 50 % dans Radio-Andorre. Jacques Trémoulet fait visiter la station à Kurt Mair après une nuit complète de discussions. Mais se retranchant derrière sa concession et la neutralité de l'Andorre, Jacques Trémoulet arrive à déjouer cette tentative. et ne cède rien à son interlocuteur.



Aucun accord avec la Sacem.

Après la défaite de 1940, Jacques Trémoulet est sollicité par la Société des Auteurs Compositeurs (SACEM) pour le règlement des droits d'auteurs qui se montent à des sommes importantes pour une radio qui ne diffuse que de la musique. S'apercevant que l'équivalent de la SACEM en Espagne ne lui demandait qu'une somme symbolique de 200 pesetas par mois, il signa donc un accord avec la société espagnole des auteurs qui l'autorisait à exploiter non seulement son répertoire mais aussi, en vertu des accords internationaux, tous les répertoires étrangers y compris celui de la SACEM française. La SACEM en garda un grand ressentiment envers Radio-Andorre et elle ne cessa d'alimenter tous les griefs qu'on pouvait reprocher à la station pour se soustraire aux obligations imposées aux stations installées en France.



1941 | Les Programmes.

Le quart d'heure de l'auditeur.

La station, fidèle à ses tranches d'un quart d'heure par genre musical va inaugurer une nouvelle émission à partir du 31 août 1941 : "le quart d'heure de l'auditeur". Cette émission s'inspire de "la demi-heure de l'auditeur de Radio-Toulouse" et consiste simplement à diffuser les disques demandés par les auditeurs qui doivent envoyer une carte postale à la station avec leur dédicace. Ces envois permettent ainsi à la station non seulement une certaine interactivité, bien que ce mot n'existe pas encore à cette époque, mais lui permettent surtout de mesurer sa popularité. Le quart d'heure de l'auditeur va être diffusé, dans un premier temps, le dimanche soir, mais devant le succès de l'émission, elle sera diffusée tous les jours et même quatre fois par jour avant la fin 1941. Cette émission va être une fenêtre ouverte pour l'expression des auditeurs et donc l'occasion pour eux d'envoyer des messages au conjoint éloigné, aux familles séparées par la guerre. Mais ces messages d'amour et d'amitié vont très vite servir de codes secrets pour diffuser d'autres types d'informations. Plus discrets que les messages un peu loufoques de la BBC dans l'émission "Les Français parlent aux français", les messages de Radio-Andorre doivent toujours être la dédicace d'un disque pour une ou plusieurs personnes dont on ne donne que les prénoms. Mais c'est suffisant pour indiquer, par exemple, que telle personne a passé la frontière et a pu se réfugier en Espagne ou au Portugal ou que telle autre a réussi sa mission. Les Allemands reprocheront à la station ces messages qui peuvent informer l'ennemi et à la Libération le même reproche lui sera adressé, en estimant qu'elle avait permis aux Allemands de communiquer également par code via les ondes de la radio.


Radio-Andorre : Robinet à musique.

Si le gouvernement français tente de faire pression sur la station pour qu'elle diffuse de l'information contrôlée par Vichy, celle-ci choisit de préserver sa neutralité en n'en diffusant aucune. Le journal Paris-Soir du 18 juillet 1941 critique cette attitude dans un article signé Marc Augier, par ailleurs aussi journaliste au journal La Gerbe, magazine prônant la collaboration.

Paris Soir - 18 juillet 1941 :

"Radio Andorre, Radio Mystère. Son installation a coûté des dizaines de millions (...), un personnel d'élite sert les machines avec des ingénieurs à huit mille francs par mois, des dactylos pour répondre au mille et une radio fadaises des auditeurs, quatre speakers, trois directeurs, un service de propagande, deux à trois cent mille francs de frais généraux par mois... tout cela pour distiller à travers l'éther une des plus belles collections de disques du monde et les mérites des petites pilules Bébert. Cela ne vous semble pas anormal ?"

Ce journaliste fera allusion dans ce même article à une hypothétique appartenance de Radio-Andorre à l'Internationale Communiste, selon un principe répandu que si on n'est pas dans un camp on est forcément dans l'autre. Voir documents ci-dessous.



Grille de programmes


De 1940 à 1945, il ne subsiste en France que deux hebdomadaires de programmes radiophoniques.
- "Les Ondes" est le programme officiel de Radio-Paris, contrôlé par les Allemands. Cet hebdomadaire donne les grilles de programme de Radio-Paris et consacre un peu d'espace à la radio de Vichy, sous contrôle du Maréchal ainsi qu'aux postes allemands. Les autres stations étrangères ne sont pas présentées et seule la radio régionale de Rennes Bretagne bénéficie aussi d'une grille de programmes en raison de sa propagande assumée pro-nazie. Les autres stations régionales et en particulier le programme commun du réseau des radios privées contrôlé par Jacques Trémoulet ne sont pas présentées. A aucun moment, il ne sera fait mention de l'existence de Radio-Andorre dans cet hebdomadaire.
- "Radio National" est l'hebdomadaire officiel de la radio de Vichy, il est publié à Marseille. Cette revue présente donc le programme de la Radiodiffusion Nationale et accorde un petit espace à Radio Paris. Il présente aussi les programmes d'outre-mer : Radio-Maroc, Tunis National et Alger-PTT ainsi que la grille de la Fédération Française de Radiodiffusion, programme commun des radios privées coordonné par Jacques Trémoulet. En 1941 et 1942, il présentera les programmes neutres de la Radio Suisse et  irrégulièrement la grille de programmes de Radio-Andorre, mais cessera de le faire à partir de 1943.

Pour connaître les programmes quotidiens de Radio-Andorre de 1940 à 1945, il n'y a que les hebdomadaires espagnols (Radio Nacional) et suisses (Radio Actualités) qui les éditeront en détail.


mercredi 29 octobre 1941 | Grille de programmes

◼︎ 19h30 : Fantaisies radiophoniques ◼︎ 19h45 : Danses ◼︎ 20h00 : Fantaisies d'opérettes  ◼︎ 20h15 : Le quart d'heure de l'auditeur ◼︎ 20h30 : Quelques minutes de variétés ◼︎  20h45 : Fragments de l'opérette "Yana" ◼︎ 21h00 : Quelques marches ◼︎ 21h15 : Musique régionale
Fin des émissions en ondes moyennes
◼︎ 21h30 : Jazz ◼︎ 21h45 : Airs de films ◼︎ 22h00 : Accordéon ◼︎ 22h15 : Le quart d'heure de l'auditeur ◼︎ 22h30 : La demi-heure des jeunes




Concernant l'ordre du gouvernement français d'arrêter toutes les émissions à 21h15 en raison des attaques aériennes anglaises qui pourraient être guidées par l'émetteur, Radio-Andorre va profiter de l'été pour gagner une heure sur ses programmes qui s'arrêteront à 22h15. Mais avec le retour des journées plus courtes, elle est obligée de revenir à 21h15 pour les ondes moyennes mais utilisera les ondes courtes uniquement pour la suite du programme de 21h30 à 23h00. Les ondes courtes ne présentent aucun problème pour la défense aérienne.



1941 | Équipe


Perte d'influence de Stanislas Puiggros.

Celui qui avait été le concessionnaire officiel de la station en raison de sa nationalité andorrane, se voyait peu-à-peu écarté des responsabilités de Radio-Andorre par Jacques Trémoulet. A partir de juillet 1941, Étienne Laffont, qui avait été en quelque sorte l'œil de Trémoulet en Andorre, devint officiellement le Directeur de la station en remplacement de Stanislas Puiggros. Désormais, c'est Étienne Laffont qui dirige à la fois les programmes, l'administration et le recrutement de la station. Stanislas Puiggros reste le responsable de la régie publicitaire pour l'Espagne et son adresse personnelle à Andorre-la-Vieille, au Roc dels Escolls, reste encore l'adresse postale de la station. Cette adresse fut destinée, un temps, à accueillir le nouveau studio de la station, avant qu'on lui préfère le nouveau studio situé au Roc des Anelletes, plus spacieux.


Anonymat des speakers.

Après l'article assassin de Paris-Soir sur Victoria Zorzano, la direction de Radio-Andorre, qui s'efforçait de garder la neutralité de la station et qui ne désirait pas être au centre de polémiques politiques, fit preuve d'une grande prudence à l'égard de la presse. Si les programmes commençaient à être annoncés dans la presse radiophonique, les seules photos que la station diffusait étaient celles de ses installations techniques. Seul le nom de Victoria Zorzano qui avait été diffusé dans la presse restera public, les autres speakers et speakerines de la station resteront dans l'anonymat le plus complet. De toute façon, à cette époque, les émissions n'étaient pas du tout marquées par la personnalité d'un animateur... il n'y avait que des speakers qui pouvaient présenter indifféremment toutes les émissions de la station de manière totalement neutre et anonyme.

Victoria Zorzano

Organigramme - 1941

  • Administrateur :

Stanislas Puiggros.

  • Propriétaire :

Jacques Trémoulet

  • Directeur :

Étienne Laffont

  • Speakers / animateurs
Victoria Zorzano

  • Maintenance émetteur :
Lucien Killmayer.

M. Laval
Paul Cousse
Josep Mas Palmitjavila

  • Techniciens, opérateurs du son :

Victoria Segalàs i Fité
Daniel Martinet
Amadeo Rossel Pujal





1941 | Informations techniques

Identification


Indicatif officiel :

"Ici Radio Andorre - Aqui Radio-Andorra"

Fréquences


Ondes moyennes :
360,60 m - 832 Kcs

Émetteur :
SFR
Puissance : 60 kw

Ondes courtes :
25,60 m - 1172 Kc
31,18 m - 9620 Kc

Adresse


Emetteur :

Encamp
Principauté d'Andorre

Studio :
Encamp
puis :
Roc dels Escolls
Andorre-la-Vieille

Régie publicitaire


Pour la France :

Radio-informations

Radio-Informations
17bis Allées Lafayette
Toulouse


1941 | Documents.


Articles de presse.


fr
18 juillet 1941
Article de Paris-Soir




1941 | Sources.


Sources bibliographiques
  • FRANK TÉNOT - Radios Privées Radios Pirates - Ed Denoël 1977
  • RENÉ DUVAL - Histoire de la Radio en France - Ed Alain Moreau 1980
  • CHRISTIAN BROCHAND - Histoire Générale de la Radio et de la Télévision en France Tome 2 1944-1974 - CHR La Documentation Française - 1994
  • EUGENIO GIRAL QUINTANA - La radiodifusión en Andorra. Política, economía y espacio comunicacional en un país dependiente - Université de Barcelone - 1988
  • JEAN-PIERRE CÉLÉRIER - La Radio à Toulouse (1925 - 1945) La puissance du Groupe Trémoulet. Université de Toulouse II Le Mirail 2002
  • NOGUERES (DE) LOUIS - La radio aux frontières et la Misssion de l'Etat, Cavannes, Paris 1953
  • BANNEL MICHEL - A propos de Radio-Andorre, Réponse à Louis Noguères - Paris février 1953

Archives de la presse

  • Paris-Soir, Radio National

Crédits photographiques

  1. Photo DR. Première plaquette de Radio-Andorre. Collection privée de Georges Maltot.



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